L’art du titre

par | 28 04 26 | Editing

Le groupe titre : sur-titre – titre – sous-titre. Emprunté au Télé-Obs. Ce qui est dommage, c’est que le sur-titre soit plus grand que le titre. C’est sans doute dû à la volonté de mettre en avant la personne dont il est question. Mais c’est dommage de ne pas avoir mis en avant un aussi bon titre.

Le titre est l’élément majeur du premier niveau de lecture. Il décide le plus souvent du sort du papier. s’il est bon, il emporte l’adhésion du lecteur. Mais un article excellent ne peut rien avec un titre médiocre. Ça ne fait pas envie.

C’est dire que sa confection est importante.

La recherche de titre est avant tout une aventure collective. Evidemment, on vous demandera toujours d’en proposer un, même s’il n’est pas gardé au final. On dira que c’est un titre de travail qui servira de base en donnant l’idée que l’on veut exprimer.

1. La titraille, le groupe titre.

Le surtitre est placé au dessus du titre, en caractère plus petit (sauf erreur). Il a le plus souvent pour fonction de situer l’action. En précisant par exemple le moment (quand) ou le lieu (où).

Ou en donnant le domaine d’information (la pollution atmosphérique, le gouvernement, etc.)

Le titre est toujours en caractère le plus gros que les autres éléments. Comme c’est lui qui est vu en premier, l’information y est concentrée. Les mots clés du sujets traité doivent y figurer (et pas ailleurs) comme ici pour L’Obs ou L’Express.

Le sous-titre est un complément au titre, notamment un titre incitatif comme ici sur Les Inrocks. Il peut parfois être confondus avec un chapeau. Il n’est plus beaucoup utilisé.

2 Les fonctions du titre

Accrocher le regard. L’essentiel en un coup d’œil. Lors du feuilletage, à la lecture de la titraille, le lecteur doit se faire une idée de ce qui compose le menu du périodique.

Favoriser le choix du lecteur pour les articles sur lesquels il compte revenir

Donner envie de lire

Structurer la page. La maquette de la titraille éclaire le texte ou l’écrase.

Hiérarchiser les informations. Par la taille des caractères choisis pour le groupe titre.

3. Les qualités d’un bon titre.

un titre doit être clair, immédiatement compréhensible. Utiliser un vocabulaire concret, simple, il faut éviter les mots difficiles et les sigles non usuels.

Court, nerveux, direct. Il faut chasser les compléments, les redondances, aller à l’essentiel, utiliser les mots forts, des mots-repères qui vont permettre de raccourcir le plus possible. Les adjectifs et les adverbes sont à proscrire. Il faut préférer la forme active à la forme passive, l’affirmation à la négation. Le verbe lui-même peut être évacué. « Guerre des clans chez les LR » est plus efficace que « les clans qui se font la guerre chez les LR »

Eviter aussi une faute classique des débutant : l’abus de point d’exclamation pour faire plus nerveux. Il ne remplace pas le choix des mots forts.

Il doit être proche du lecteur. Il faut que le lecteur, ou la lectrice, se sente concerné. C’est le cas pour le titre de cet article de  Marie-Claire.

Les titres à forme interrogative sont à éviter, n’être employés qu’exceptionnellement, lorsque le questionnement est justifié par l’article lui-même. Ça marche pour l’article sur le Mac ci-dessous, ça marche moins pour celui sur le retour à l’enfance. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait penser, un titre interrogatif est dissuasif pour le lecteur car celui-ci s’attend à ce que le journal réponde aux questions, pas qu’il lui en pose. En l’occurrence, ici, on ne comprend pas de quoi il retourne et il serait plus juste de retirer le point d’interrogation.

Par exemple, dans le titre ci-dessous « Faut-il en finir avec l’euro ? ». Moi, ce qui m’intéresse, ce qui constitue une info, c’est la réponse du journaliste. C’est cela qui va me donner envie de lire l’article. Pour m’aider moi à me faire une idée. Si le papier n’a pas de réponse, pourquoi je vais le lire ? Pour le titre, il vaut mieux partir de la conclusion de l’enquête que de l’interrogation de départ.

Ce qui n’empêche pas les rédactions, par facilité, d’en abuser. Le titre avec un point d’interrogation est souvent un titre de feignasse qui se contente de donner l’idée de départ de l’article. Un titre, ça ­demande un vrai travail. Je préfère un titre du genre : L’euro en question.

Précis, en plus de concis. Un titre ambigu n’incite pas. Le lecteur a besoin de savoir exactement de quoi on va lui parler. Une faute classique est de penser que si le titre est elliptique, il va intriguer, provoquer le lecteur qui voudra aller voir. Ben non. Le lecteur ne lit pas les journaux comme cela. « Le président Coué » ne veut rien dire. Ça manque de méthode…

Plus fréquente encore est l’erreur de mettre du contenant à la place du contenu.
Par exemple, un titre comme «L’université d’été des écolos » est un coquille vide. C’est le sujet, pas le titre. Pour titrer de manière informative, il faut aller directement aux résultats, aux conclusions de la réunion. ­Aller droit au but, c’est-à-dire au message essentiel, est le meilleur moyen de faire un vrai titre.

Sur mesure et original. Normalement, un titre n’est bon que pour un et un seul article. Il est spécifique.

Ainsi, le titre de VSD au moment des primaires en 2011 « Guerre des clans au PS » n’était pas terrible car cela faisait des années que l’on pouvait titrer un papier sur le PS de cette façon là. Et il est possible que ça continue, tant que vit le PS… Ce qui l’a rendu possible, c’était le sur-titre qui l’a précisé et l’a rendu unique « Avant le congrès de Reims du 14 au 16 novembre ».

Adapté au genre. Il donne le ton d’un article, il doit donc être adapté au style de celui-ci, au genre journalistique. Un titre informatif convient pour les articles tels que filets, synthèse, etc. Une citation pour une interview ; un jeu de mot pour un billet d’humour, etc.

Ainsi, le titre d’un reportage doit donner à voir 

« La ville au bord du gouffre » porte sur une ville suédoise qui s’effondre en même temps que la mine de fer sous ses fondations qui a fait sa richesse. « Et au milieu coule une île » pour la situation des villages des côtes africaines, avec en toile de fond le réchauffement climatique.

Le titre d’une enquête doit condenser une problématique ou révéler le fruit des investigations.

Le titre à droite est typiquement un titre web. Il ne s’embarrasse pas du nombre de signes. Il n’est pas très travaillé et il est redondant avec une partie du chapeau. Il mériterait d’être plus concis pour être plus percutant.  Mais au moins, on sait de quoi il retourne

4 Le titre et le message essentiel

Le titre, le chapeau et le début de l’article doivent s’inscrire dans l’angle qui ­découle du message essentiel. Un bon titre est intimement lié au message essentiel. Mais ce n’est pas tout le message essentiel, sinon, il ne pourrait pas être suffisamment court ni accrocheur. Mais il doit contenir la partie vitale du message.

Mais c’est quoi la partie vitale ?

Pour un titre de quotidien, un fait d’actualité, ce sera la réponse aux questions Qui ? Quoi ? Ce sera l’idée principale de l’article pour tout autre papier.

Si on respecte cette règle, le lecteur n’aura plus à subir les aberrations suivantes :
• Un titre qui donne une information qu’on ne retrouve pas dans le papier.
• Une information secondaire, anecdotique ou qu’il faut aller chercher à la fin du papier (une tentation quand le papier est creux ou mal construit)
• Une information contradictoire avec le sens général de l’article (quand celui qui titre lit le papier trop rapidement et se trompe sur son sens). Ça m’est arrivé. Notamment en ce qui concerne les titres de une, mais aussi des titres d’article…
• Une information sous-évaluée, souvent due à un excès de prudence
• Une information sur-évaluée, trompeuse, qui survend. (Souvent dû à un emballement commercial de la hiérarchie, mais aussi à une volonté d’attirer le chaland, quitte à le décevoir).

Quand il a écrit son papier, le rédacteur doit se poser la question du message essentiel : qu’ai-je voulu dire d’important à mes lecteurs ? Cela lui facilitera la fabrication du titre.