Le Chapeau
D’abord, il faut définir ce que n’est pas un chapeau. Un bon chapeau en tout cas.
– Ce n’est pas une introduction au texte. C’est le principal défaut des rédacteurs amateurs ou débutant qui démarre leur texte dès le chapeau. Or, comme tout le reste de l’éditing, il doit pouvoir être lu de façon séparée du texte. D’abord parce que le SR, lors de la mise en page, va probablement le modifier pour l’adapter à la maquette. Par exemple si celle-ci ne prévoit pas beaucoup de signes. Si le rédacteur a mis dans le chapeau des informations qu’on ne retrouve pas dans l’article, elles risquent de disparaître. Ensuite parce que le lecteur ne lit pas forcément l’éditing et l’article en même temps.
Cela a toujours été vrai, même si la PQR a tendance à ne pas respecter cette règle pour des questions de rapidité (et de facilité).
Mais c’est une règle qui s’impose de plus en plus à cause du Web. En effet, chaque fois qu’on veut rafraîchir une page, l’éditeur web a tendance à changer le chapeau pour lui redonner une actualité.
Donc ce n’est pas une intro.
– Ce n’est pas non plus un résumé, parce que si le lecteur a l’impression de savoir l’essentiel de ce qui va se dire, il ne va pas forcément lire la suite.
Ce sont les deux plus gros défaut que l’on trouve dans les chapeaux de débutants. Et même hélas dans des articles de professionnels aguerris.
Ensuite, il faut remarquer que le chapeau est un élément visuel, capital entre le titre et le texte, dans la mise en page. C’est pourquoi sa typo est importante. En magazine, elle est décidée par la maquette pour un équilibre visuel. Et on ne le place pas n’importe où.
Maintenant, quand on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait ? A quoi sert donc un chapeau à par « coiffer un article sans lui faire de l’ombre », suivant une formule rapportée par un confrère. On peut lui attribuer de nombreuses fonctions qui vont influer sur sa confection.
1. Le chapeau complète le titre
En précisant le sujet de l’article et l’angle choisi par le rédacteur.
Ainsi, pour ce titre des Echos
n’a pas grand chose à voir avec les news. Mais avec un genre littéraire en vogue aux Etats-Unis.
Même chose pour ce titre du M (magazine du Monde). TRès bel article au demeurant.
Enfin, pour ce portrait. Vous connaissez sans doute Squeezy. Mais ce n’est pas forcément le cas de tous les lecteurs de L’Obs…
Le chapeau va nous permettre d’avoir une idée de qui est ce personnage qui en plus a fait la une cette semaine là.
Ce genre de chapeau est d’autant plus important que le titre se veut incitatif et non informatif.
2. Le chapeau donne l’essentiel de l’information
Ce qu’il faut savoir si on doit s’arrêter là. L’information essentielle. Mais il ne résume pas le papier. Il faut que le lecteur ait envie de lire la suite. On espère donc que le chapeau est suffisamment accrocheur pour que les lecteurs reviennent.
Ou dans ces titres de Télérama ou du M
En plus, à chaque fois, il éclaire le titre…
3. Il justifie l’article
en indiquant pourquoi on en parle. La loi de proximité doit jouer pour faire comprendre au lecteur que cet article le concerne, ou peut le concerner, et qu’il gagnera à le lire.
180 °C est un magazine de cuisine de luxe. C’est un mook. Le XXI de la nourriture. Dans ce monde du beau, de la grande cuisine, il est important d’interpeler le lecteur pour lui faire comprendre que les recettes qui vont suivre vont le concerner. Magazine de luxe mais recettes réalisables par tout le monde.
4. Il situe le contexte.
Dans le cas d’un article revenant sur un fait d’actualité passé (ou une situation qui perdure), le chapeau sert à indiquer ou à rappeler au lecteur dans quel contexte se situe l’article et lui permet de plonger dedans. C’est également le cas si l’article est un reportage ou un récit.
Pour une série de papier, ou quand il s’agit du volet d’une enquête en plusieurs partie, il rappelle les épisodes précédents.
C’est le cas des chapeaux du M, de Libération et de Télérama
5. Dans une interview, deux formes.
Une forme traditionnelle, le chapeau « chapote » l’article comme n’importe quel autre article. Il porte donc sur le message essentiel, sur le fonds du papier. On nomme bien sûr l’interviewé s’il n’est pas nommé dans le titre ni dans le surtitre, mais sans s’appesantir. C’est dans l’introduction du texte, son attaque (deux mots qui désignent la même chose) qu’on trouvera la bio et l’actualité de la personne interrogée. Juste avant la première question.
Exemple avec l’interview du chef Mory Sacko. Ou celle de Siri Hustvedt.
Il est important de bien répartir les informations et de donner, dans le chapeau, le message essentiel de l’article. D’autant que la plupart du temps, le titre de l’interview est une citation qui pour être forte n’est pas forcément éclairante sur le sujet de l’article.
La seconde forme, moins classique en magazine, est celle que l’on trouve souvent en presse quotidienne régionale (PQR) : le chapeau présente l’interviewé et évoque la problématique dans laquelle se situent ses propos. C’est le cas pour les interview qui ne commencent pas par une intro ou ceux où la personnalité n’est pas assez connue. Problème quand on doit changer le chapeau sur le Web. Ou même à la maquette. Des informations risquent de disparaître.
Le plus souvent, il donne le thème général de l’interview, le message essentiel (même si au passage il dit deux mots sur l’invité).
6. Dans un portrait
Le chapeau présente le portraituré et pourquoi on en fait le portrait.
Il donne aussi son actualité, ce qui fait qu’on parle de lui aujourd’hui
7. Il invite à la lecture.
dans certains articles magazines ou des quotidiens nationaux où le qualité de l’écriture est valorisée. Alors, le choix des mots, la tournure des phrases sont importants dans un chapeau.
Comme dans XXI ou Usbek et Rica. Mais le niveau d’exigence est alors important.
Mais trop sec, il peut décourager le lecteur,
Le chapeau en en deçà du titre, il n’ajoute aucune info à part le chiffre, mais un chiffre, tout seul, ce n’est pas parlant. ça ne fait pas envie
Normalement, le chapeau devrait jouer sur la proximité. Mais là, dans l’agencement de la titraille et du chapeau, rien n’est proche pour le lecteur. C’est trop sec. Pas assez écrit. Le choix des mots ne doit pas être fortuit, il doit au contraire être pesé. Mais parfois, à cause du manque de temps, il y a des ratés.
Comme dans Elle
Le titre ne veut rien dire. C’est un jeu de mots foireux. Et le chapeau tente maladroitement de le justifier en tentant de continuer dans cette veine : « Fiction ou vérité ? » demande-t-il.Mais on ne comprends pas l’allusion tant qu’on n’a pas lu l’article. C’est contre-productif.
Autre défaut, le chapeau donne l’info du réalisateur mais ne tient pas compte de ce qu’il dit dans le papier. On ne connaît que le contexte qui est le film.
8. Il annonce le plan.
C’est une manière de développer le message essentiel de l’article avec lequel le titre est fabriqué. Utile pour le lecteur rapide, cette façon de faire à l’avantage de la clarté. C’est notamment utilisé pour des dossiers importants regroupant plusieurs articles. Comme dans Alternatives économiques qui est un magazine très pragmatique
Les parties de l’article sont bien indiquée, on sait où on va.
Tous les exemples de chapeaux que je viens de vous donner peuvent être classés suivant une autre typologie : les chapeaux informatifs d’une part, les chapeaux incitatifs d’autre part.
Les premiers répondent aux questions de référence : qui quoi où quand comment, etc. Ils donnent l’angle de l’article. C’est le type de chapeau privilégié dans les quotidiens nationaux, les périodiques d’actualité et la presse institutionnelle ou d’entreprise. Il est sobre, sérieux, efficace. C’est le cas des chapeaux qui donnent le contexte des articles. On y trouve les raisons qui ont mené à ce que l’on parle de ce sujet à ce moment-là.
Avec le chapeau incitatif, les faits sont parfois supposés connus et il s’agit plus de donner l’idée générale du papier, son angle et son ton. C’est un chapeau qui convient mieux aux reportages, aux portraits, à certaines interviews, pour les papiers très magazine en général. On peut y donner de l’info, mais le but est avant tout de donner envie de lire. On trouve ces chapeau dans la presse périodique magazine ou spécialisée, essentiellement.
Voir les chapeaux d’Usbek et Rica et de XXI
Cela dit, tous les papiers ne sont pas chapeautés. Comme on le remarque en feuilletant les journaux. Il faut que l’article atteigne une certaine longueur. Il n’y en a jamais pour les genres journalistiques les plus courts : les brèves, les échos, les éditoriaux, les billets (quoi que, cela arrive).
La longueur est aussi fonction de celle du papier et de l’emplacement prévu par la maquette.
Le chapeau est également un élément visuel, important dans la construction d’une page et quel que soit le type du média. Ils structure la page
Les variations seront plus importantes pour les journaux très libres au niveau maquette, très visuels comme Society et L’Obs. Elles le seront moins pour les quotidiens et certains news très bridés au niveau maquette. Par contre il y a une chose qui ne change jamais, c’est sa typo.
Quand écrire un chapeau ? Alors là, il n’y a pas de règles. Ça dépend de vos habitudes, de ce que vous sentez le mieux. Cela peut être avant, après l’écriture du papier. Dans certains magazines, il faudra attendre la maquette car le calibrage n’est jamais certain, dans d’autres ce n’est pas cas. Et dans beaucoup de rédactions, ce sont d’autres journalistes qui vont s’en charger : chefs de service ou de rubrique, rédacteurs en chef, chef d’édtion, SR…




