4 Quelques conseils de composition typographique
4.1 Les variables d’ajustement typographique
Nous avons vu qu’il existe différents types de caractère : les capitales, les bas de casse, le romain, l’italique, etc.
En typographie « latine », reflet de notre culture, les caractères à empattements (sérif en anglais) conviennent généralement mieux aux textes qui concernent notre patrimoine et plus généralement aux texte de lecture continue. C’est pour cela qu’on les choisit pour les textes courant. Parce que les empattement constituent une ligne qui est plus facile à lire.
Les caractères sans empattement – sans, pour sans serif (en anglais), ou gothic (américain) Grotesk (allemand) –correspondent aux textes plus techniques, comme un encadré, une légende, un inter, un titre. Ils ont la propriété de supporter des graisses importantes (d’où leur bonne visibilité à distance) et de pouvoir être fortement étroitisé et serrés les uns contre les autres. Ils sont donc le plus souvent utilisés en publicité, dans les titres, etc.
Ces deux familles de caractères se marient bien. Donc si on a en texte courant un caractère à empattement, si on. veut changer la typographie pour l’habillage, c’est-à-dire toute la titraille, on ne choisira pas un autre caractère à empattement, car on risque le brouillard typographique. On utilisera un caractère sans empattement, aussi appelé bâton. Si on souhaite garder un caractère à empattement, il vaut mieux le même que celui du texte courant.
Il existe une troisième famille de caractère sur laquelle je passe rapidement car on ne l’utilise jamais en presse (sauf éventuellement pour des titres, mais avec des connotations bien précises), ce sont les scriptes. Elles sont inspirées des écritures manuelles. Elles sont plus ou moins inclinées et peuvent avoir des liens entre les lettres. Pas très facilles à lire.
Il vaut mieux utiliser une seule et même typographie pour l’ensemble de la titraille d’un article. Mais on pourra jouer sur les déclinaisons : corps, graisses, romain ou italique.
Utiliser trop de caractères différents dans une page n’apporte que laideur et vulgarité. En tout cas il signe la méconnaissance et le non professionnalisme. Si on a le texte courant dans une typo, la titraille dans une autre, seul le titre pourra, éventuellement, et en magazine être d’un autre caractère.Il peut faire aussi l’objet d’une typographie décorative, d’un dessin
4.2 La justification d’un texte
On appelle justification la mesure de la longueur maximale des lignes de textes (la taille d’une colonne). Mais aussi la configuration des extrémités gauche et droite des lignes de textes.
On dit qu’un texte est justifié ou en pavé quand les extrémités sont alignées verticalement des deux côtés. Le texte justifié se veut solennel, sérieux, construit. Il symbolise une continuité dans la lecture (on justifie rarement les brèves de presse). Pour une lecture réceptive, réflexive et transversale. Ça ne rigole pas…
Ce qui n’empêche pas les créations
Le texte peut être aligné à gauche (on dit en fer à gauche ou en drapeau) quand les extrémités gauches sont alignées sur une même verticale et que celles de droite sont de longueur différentes. Le fer à gauche permet de mettre en exergue des effets d’annonce, une lecture transversale et brève, instantanée, rapide, furtive.
En presse, c’est la composition des légendes, des brèves, de certains encadrés, etc.
Le texte peut aussi être aligné à droite (ou fer à droite) quand seules les extrémités droites de ses lignes sont alignés sur une même verticale et celles de gauche de longueurs différentes. C’est difficile à lire car l’œil a plus de mal à trouver le début de la ligne suivante. Il est d’autant plus important de veiller à ce que les différences entre les lignes les plus longues et les plus courtes ne soient pas trop importantes.
Le FAD est surtout utilisé comme fantaisie décorative ou pour des textes courts qui ont besoin de s’appuyer sur une verticale voisine, soit une brève calée contre un texte, soit une légende calée contre une photo. On peut l’utiliser en affiche, en titraille quand on veut induire dans l’espace de composition une dissonance, un vertige, un sentiment de décalage et de perte de repères. Donc assez peu utilisé.
Le texte est centré quand toutes les lignes, toujours alors de longueurs différentes (sinon, il est justifié), sont centrées sur un même axe vertical. On l’utilise beaucoup pour les titres, les sous-titres, les chapeaux, certains textes littéraires et de la poésie. Également dans les texte lapidaire, les cartons, les faire-part, les couvertures, etc.
Comme pour les autres, on ne fait pas les retours n’importe comment. Il faut faire de beaux découpages. Découpages qui peuvent aussi permettre des compositions particulières…
Enfin, le texte peut être en habillage quand on lui fait épouser le contour d’un objet, soit le bloc image, soit ce qu’il y a à l’intérieur du bloc. On peut aussi utiliser l’habillage de blocs vides pour faire des effets à l’intérieur d’un texte.
Les éléments de titrailles sont rarement justifiés car cela les étire sur toute la ligne, ce qui n’est pas très beau. On les mets donc en général en drapeau (fer à guache, à droite ou centré).
Les textes en drapeaux, quand ils font partie de la titraille (chapeau, relance, accroches, inter) n’ont jamais de césure. C’est parfois aussi le cas dans les textes courants non justifiés car ce n’est pas toujours facile à lire.
4.3 L’interlignage
L’intervalle entre les lignes. A distinguer des interlignages de traitement de texte qui sont en trois dimensions, mais qui correspondent à des besoins dactylographiques. L’interlignage typo a lui pour but de participer à la mise en valeur d’un texte et à sa lisibilité. Pour le choisir, on tient compte du caractère qu’on a choisi
Dans le 1er cas on a un Times corps 12 interligné 8. L’interlignage est trop serré et la lecture fatigante.
Dans le 2e cas, même corps, mais interligné 11. Le texte se lit facilement.
Dans le 3e cas, l’interlignage est excessif. Dans un texte courant, le lecteur peine à trouver le début de la ligne suivante, ce qui provoque une difficulté de lecture. Par contre, dans un texte très cours, comme un chapeau, ce genre d’interlignage peut jouer un rôle décoratif.
Conclusion, on ne joue pas avec l’interlignage.
4.4 Le gris typographique
Le gris typographique est le bon résultat de la combinaison de caractère utilisé, de ses attributs (force du corps, graisse, etc), de l’interlignage et de la longueur de la justification.
Les gris typographique peuvent prendre une infinité d’effets qui vont déterminer les bonnes ou les mauvaises adéquations de votre typographie en fonction de l’esprit du texte à publier. Chaque choix traduit une ambiance particulière. Personne ne peut faire le choix à votre place. C’est en faisant des essais et en portant attention aux journaux qu’on feuillette que la sensibilité peut s’affiner. C’est en développant son œil maquette que l’on est à même d’avoir un avis sur la construction d’une page. Et d’en créer soi-même éventuellement.
J’ai parlé essentiellement des constructions pour magazines imprimés. Mais nombre de ces règles peuvent s’appliquer aux journaux quotidien et aux journaux sur le Web. Parce que le but principal de toutes ces règles, c’est la lisibilité. Je dirais même que c’est encore plus important sur le Web car si notre capacité de lecture sur écran a fait des progrès considérable, c’est aussi parce qu’une attention à été portée à cette lisibilité.
Ce qui n’est pas toujours le cas des réseaux sociaux dont l’attractivité a peu à voir avec la lisibilité. Il n’y a qu’à voir les post sur Facebook où les caractères bâton fatiguent la lecture dès que le texte est un peu long.
4.5 Des choses à éviter (en print)
Une veuve est une syllabe ou un mot seul tout seul seul sur une ligne, ou une ligne qui mesure moins du tiers de la justification. On appelle cela aussi une creuse. On l’évite pour des raisons esthétiques, notamment sur les longues justifications. Pour l’éviter, soit on rallonge le texte, soit on le coupe
Les orphelines sont des lignes qui se trouvent seules en haut d’une colonne ou d’une page.
C’est à proscrire car non seulement c’est inesthétique mais surtout cela perturbe le découpage logique du texte et donc, cela gêne la lecture. Il faut raccourcir ou allonger le texte précédent de façon soit à ce que la ligne redescende dans la colonne ou la page précédente, soit à ce qu’elle ne soit plus toute seule en haut de la page ou de la colonne dans laquelle elle figure.
C’est également vrai pour les lignes qui se retrouvent seule en bas d’une colonne ou d’une page.
Il faut pour commencer une page ou une colonne, et pour finir une page ou une colonne au moins deux lignes.
Résumé des tâches du SR sur une maquette
– Enrichir le texte, appliquer les bonnes typographies.
– Relire attentivement pour vérifier que les CAP, les itals, les gras sont bien là. Qu’on ne laisse pas de ligne orpheline en haut ou en bas des colonnes, que des syllabes trop courtes ne sont pas isolées en bouts de lignes, ni de guillemets.
– Faire les coupes nécessaires en fonction de la maquette.
– Placer l’éditing : il faut l’adapter à la maquette. Afin de respecter celle-ci bien sûr, mais il faut aussi veiller à ce qu’il ne soit pas redondant ni incompatible avec l’iconographie. Les relances doivent lier texte et icono, et donc prendre les deux en compte.
Puis suivre les étapes successives de relecture jusqu’au BAT final.
La préparation des articles et la mise en page doivent toujours se faire en gardant à l’esprit l’harmonie du sommaire, la charte graphique, le concept rédactionnel.
Le SR est souvent amené à poser des questions aux rédacteurs pour vérifier une information insolite, demander une explication sur un passage douteux ou incompréhensible.
Dans un article de la rubrique culture, une toute jeune rédactrice chroniquait le livre d’un couple qui avait réalisé un long voyage en vélo. Elle avait eu la bonne idée d’utiliser de nombreuses expressions toutes faites concernant cet univers. Malheureusement, elle ne les connaissait pas très bien et ne les utilisait pas toujours à bon escient. Conséquence : son article, parfois, n’avait aucun de sens. Nous avons repris son texte toutes les deux. Quand je ne comprenais pas, je lui demandais de m’expliquer ce qu’elle avait voulu exprimer et je trouvais la bonne métaphore cycliste. Quand un auteur reconnaît le travail d’un SR, accepte ses remarques et travaille avec lui, on est à peu près sûr que le texte sera de bonne qualité.
Le SR doit donc normalement toujours être en mesure de contacter les collaborateurs extérieurs. Parfois, ce n’est pas possible, ou le temps manque. Il faut donc se débrouiller tout seul pour vérifier l’info
Exemple ver à soie
Ou interpréter le texte de la façon la plus logique qui soit. Internet est d’un grand secours, mais à manier avec moult précautions.
Si des modifications importantes sont faites, comme des coupes, il faut toujours en avertir l’auteur. Cela peut éviter les contresens. Et surtout, il faut être sensible au style de l’auteur et le respecter. Même s’il ne vous plaît pas. Notre rôle n’est pas de mettre notre patte sur un texte, mais de le rendre le meilleur possible pour le lecteur. Et vous allez voir en pratiquant vous-même, que c’est loin d’être évident.
Il ne faut jamais perdre de vue que la teneur des coupes, la réécriture, l’éditing influent incontestablement sur l’orientation des papiers et sur le sentiments des lecteurs. Il faut donc savoir être parfaitement objectif. Le plus possible en tout cas.
Régulièrement, la mode revient : on nous incite à manger es insectes, bons pour la santé, plein de protéines, etc. Nous étions au début des années quatre-vingt-dix et cet article des pages Loisirs expliquait que de nombreux Etats-uniens élevaient vers et insectes pour les intégrer dans leurs plats. Notamment des salades. Le journaliste revenait sur l’histoire de l’entomophagie en France. Et citait les ouvrières de la soie, dans les Cévennes, qui mangeaient des vers à soie. Damned !
A l’époque, j’avais de la famille dans les Cévennes et je n’avais jamais entendu parler de cette histoire. Impossible de joindre le journaliste qui était en reportage à l’étranger. J’ai donc mené ma petite enquête. A l’époque pas d’Internet. J’ai appelé l’office du tourisme du Vigan (sous-préfecture du Gard). Et ma question a sidéré la jeune femme qui m’a répondue. Elle m’a conseillé de contacter le directeur de l’office du tourisme qui, par chance, avait écrit un livre sur l’industrie de la soie dans les Cévennes. Il a bien ri. Puis m’a expliqué que dans les magnaneries cévenoles, on faisait bouillir les cocons de soie avant de les dévider. Et les ouvrières faisaient réchauffer leurs cantines dans ces immenses marmites. Mais elles ne mangeaient pas les vers à soie qui ne sont pas propres à la consommation. J’ai donc ôté cette partie de l’article.
Cela dit, des recherches menées depuis sur Internet m’a indiqué que les vers à soie étaient vraiment comestible. Mais de là à affirmer que les ouvrières en faisait leur casse-croute…
Ou interpréter le texte de la façon la plus logique qui soit. Internet est d’un grand secours, mais à manier avec moult précautions.
Si des modifications importantes sont faites, comme des coupes, il faut toujours en avertir l’auteur. Cela peut éviter les contresens. Et, surtout, il faut être sensible au style de l’auteur et le respecter. Même s’il ne vous plaît pas. Notre rôle n’est pas de mettre notre patte sur un texte, mais de le rendre le meilleur possible pour le lecteur. Et c’est loin d’être évident.
Il ne faut jamais perdre de vue que la teneur des coupes, la réécriture, l’éditing influent incontestablement sur l’orientation des papiers et sur le sentiments des lecteurs. Il faut donc savoir être parfaitement objectif. Le plus possible en tout cas.










