Adapter le texte à la maquette (1re partie)

par | 22 04 26 | Secrétariat de rédaction

Double page de Magazin n° 5, « Les JO et après ».

1 Lire la maquette.

Et voir si tout est bien cohérent. Il faut regarder la page, comprendre sa logique et voir si elle correspond à ce qui est attendu (à l’article).

On peut être amené à demander des modifications. Cela peut être parce que l’interview prévu est devenu un portrait. Parce qu’une photo est hors sujet, ou pas de la bonne époque (ex. coupes de cheveux des footballeurs style Griesman) ou n’a rien à voir, un déséquilibre texte/encadré, un chemin de lecture trop compliqué, etc.

Un SR doit donc cultiver aussi son œil maquette pour apprécier à sa juste valeur le travail des graphistes, ne pas le déformer, mais aussi pour négocier des demandes de modifications.

2 Couler le texte dans la maquette.

En magazine, deux écoles.

    1. Les mag dans lesquels ce sont les maquettistes qui placent le texte. Puis le SR fait son travail. Souvent le cas dans les mensuels car on dispose de plus de temps.
    2. Soit le SR fait son travail sur la copie et sur le fichier word pendant que le maquettiste crée la page en utilisant du faux-texte, et le SR copie colle le vrai texte préalablement travaillé dessus.

Personnellement, que ce soit en magazine ou à l’école, j’ai essentiellement fonctionné de la seconde manière.

Pour la presse quotidienne régionale (PQR), ce sont les secrétaire d’édition (SE) qui créent leurs pages. Pas de maquettiste. Mais la maquette est beaucoup plus simple.

En général, quand une maquette a été créée, tout a été pensé pour la lisibilité. Donc quand le texte est trop long, on ne s’amuse pas à changer ni la taille des caractères ni l’interlignage. On coupe et on rallonge le texte.

Quand un SE monte une page en PQR, c’est lui construit sa page. Il tient évidemment compte des textes qu’il a a disposition pour le faire. En magazine, par contre, c’est le maquettiste qui crée la page et il faut la respecter. Hors de question donc de changer la taille des photos, de supprimer des inters, de bouger la maquette. On doit adapter le texte à la maquette.

Ainsi, si l’auteur propose des inters, le SR n’en tient par forcément compte. Il va les positionner comme demander sur la maquette et les refaire.

Avant d’aller plus loin, il faut connaître quelques notions de typographie, qui sont toujours utiles en presse écrite (ça montrera aux plus anciens que vous savez de quoi vous parlez). Mais cela servira aussi sur le Net à faire les bons choix. Au début d’Internet, il faut bien dire que les sites étaient illisible à cause de la méconnaissance totale de tout ce qui concerne la typographie par ceux qui créaient les sites.

Or, depuis l’invention de l’imprimerie, on a étudié comment les gens lisent et donc comment rendre les textes plus lisibles.

3. Les caractères typographique et leur mesure

Le premier sens du mot caractère, c’est celui du signe gravé, tracé ou écrit. Le mot vient du grec Karaktèr, qui signifie « empreinte ». En typo, « les caractères sont des éléments préfabriquées qui constituent la base de la composition typographique », C’est-à-dire les petites parallélépipèdes métallique portant sur leur face supérieure le dessin inversé et en relief d’une lettre, d’un chiffre ou d’un signe de ponctuation. Le terme désigne aussi bien le matériel qui sert à imprimer un signe que le signe lui-même. C’est bien sûr ce deuxième aspect qui importe.

Le terme typographie lui vient du grec Tupos, caractère, et graphein, écrire. Littéralement : écrire avec des caractères. En grec encore, tuptein veut dire frapper, enfoncer, marquer, comme lorsque l’on dit « frapper ou battre monnaie ».

3.1 Comment mesure-t-on ?

Avant de mesurer quoi que ce soit, il faut savoir de quel outil et unité de mesure on va se servir. Vous avez sans doute remarqué que les caractères utilisés ne sont pas tous de la même taille (on dit force de corps ou corps). Ils sont mesurés grâce à trois systèmes différents. Le point Didot, largement utilisé en France, le point pica, dans les pays anglosaxons, et le millimètre, recommandé par l’Afnor depuis 1978.

Le point Didot fut créé en 1775 (soit vingt ans avant l’invention du système métrique) par François-Ambroise Didot, graveur-fondeur.

Auparavant, l’anarchie était totale. Chaque fondeur avait ses propres mesures qu’il avait lui-même fixées. Les forces de corps ne se mesuraient pas : on leur donnait des noms (tout comme aujourd’hui encore, on nomme les graisses : gras, maigre, demi gras sans qu’il y ait vraiment de mesure).

Ces noms étaient souvent basés sur ceux des livres où ces caractères avaient été employés la première fois. Par exemple, on désignait par « Cicéro » la force des caractères utilisés pour Les Épîtres de Cicéron ou par « Saint Augustin » celle des caractères composant La Cité de Dieu de ce père de l’Église.

Les noms pouvaient aussi venir de leur allure : le « pica » anglais par exemple vient du latin pica (la pie) car le premier livre imprimé ainsi utilisait des noirs et blancs très tranchés, comme le plumage de cet oiseau.

D’autres noms sont issus soit de l’origine des caractères (par exemple « Parisienne »), soit de leur fonction (« Canon » français, « brevier » anglais ou « Missal » allemand), soit de leur taille relative (« Petit-Romain », « Gros-Canon ») car il y avait une échelle implicite entre ces forces (un « Petit canon » par exemple étant deux fois plus grand qu’un « Saint-Augustin »).

Mais d’une fonderie à l’autre, les tailles variaient énormément et il était très difficile de mélanger les typos de fonderies différentes, voire d’une même fonderie.

Pour en revenir au point Didot, c’est un système duodécimal. La base est 12 et non 10.

Dans notre système habituel, 12 s’écrit 12 parce qu’on a 1 dizaine et 2 unités.
En base 12, le même nombre s’écrit 10, parce qu’il y a 1 douzaine et 0 unité.
Exemple :
• 11 en base 10 reste 11.
• 12 en base 10 devient 10 en base 12.
• 13 en base 10 devient 11 en base 12.
• 14 en base 10 devient 12 en base 12.

Cela semble complexe, mais à mon époque, les bases de calculs étaient au programme de 5e. Le 12 a plus de diviseurs que 10 : il est divisible par 2, 3, 4 et 6. Cela rend certaines fractions plus simples à écrire en base 12 qu’en base 10

 

Si l’imprimerie a gardé ces mesures malgré l’invention du système métrique c’est que les machines étaient déjà créées et les usages établis. Mais aussi parce que le système duodécimal, mieux divisible, permet une d’avoir des tailles plus précises et une gestion plus fine des blancs. Il est en effet divisible par 2, 4, 6, 8, 12 alors que le décimal n’est divisible que par 2, 5 et 10. Donc on peut créer plus de corps.

Au XXe siècle, le millimètre a commencé à faire son apparition avec la presse moderne illustrée. Créant la confusion dans les rédactions. Car si les SR, les maquettistes ou les graveurs travaillaient en point Didot pour le corps des textes, ils utilisaient le millimètre pour les images.

On a espéré un moment que la photocomposition simplifierait les choses en adoptant le millimètre. Mais en fait, la plupart des machines de photocomposition venaient des Etats-Unis où sévissait le point Pica, une autre mesure basée sur le pouce et lui aussi appartenant à un système duodécimal.

On s’est donc retrouvé, quand j’ai commencé le métier, dans un situation complexe : dans certains quotidiens, les lignes de texte étaient mesurées en hauteur (force de corps) en points pica, en longueur (justification) en millimètres ou en point Didot… Ce qui pouvait engendrer des désastres à la commande s’il y avait confusion. Maintenant, l’ordinateur a mis tout le monde d’accord et plus personne ne sait si les mesures utilisées sont en didot, en pica ou en mm.

Nous avions heureusement des outils

3.1.1. La graduation en force de corps.

Les caractères existent en différentes grosseurs ou tailles, mesurées en point didot ou en point pica.

L’expression « force de corps » ou simplement « corps » désigne l’épaisseur de la ligne-bloc ou la hauteur de la ligne de plomb dans les caractères mobiles : cela correspond à la hauteur maximale des lettres (hampes et jambages compris), plus un petit blanc au-dessus (talus de tête) et un autre au dessous (talus de pied), pour que les lignes de texte ne se touchent pas. Quand on parle d’un texte composé en corps 12, cela signifie qu’il est composé dans le corps dont la hauteur est de 12 points Didot.

Illustration tirée du Manuel de typographie française élémentaire, d’Yves PERROUSSEAUX. Ateliers Perrousseaux éditeurs

L’œil de la lettre est la hauteur des lettres courtes, c’est-à-dire sans ascendante ni descendante, comme a, e o u, x, etc. La hauteur de l’œil est propre au dessin de chaque lettre. Il peut varier considérablement dans une même force de corps, parce que la hauteur d’œil d’un caractère n’a rien à voir avec la force du corps qui elle reste constante. Un corps 12, quelle que soit la typo choisi, sera toujours un corps 12 et prendra la même place. Par contre, quand l’œil est plus petit, les talus sont plus importants, il y a plus d’espace entre les lignes et le texte est plus éclairé.

Illustration tirée du Manuel de typographie française élémentaire, d’Yves PERROUSSEAUX. Ateliers Perrousseaux éditeurs

En fonction de l’impression que l’on veut donner dans un magazine, ou sur un site, on choisira une typographie différente. Si vous comparez l’œil de la lettre de la typo courante d’un magazine féminin pratique à celui d’un magazine féminin haut de gamme ou qui se veut tel, vous verrez une différence. En général, plus il y a de blanc, plus le magazine se veut haut de gamme (Gala) ; moins il y en a et plus le magazine se veut bas de gamme (Voici) ou pratique (Femme actuelle)…

Tout ça pour vous dire que la graduation – l’échelle des corps – est la suivante : 5, 51/2, 6, 61/2 , 7, 8, 9, 10, 11, 12, 14, 16, 18, 20, 24, 28, 30, 36, 42, 48, 54, 60, 72, 84, et 96. A partir de 96, il ne s’agit plus de caractères de presse, mais de caractères d’affiche.

Illustration tirée du Manuel de typographie française élémentaire, d’Yves PERROUSSEAUX. Ateliers Perrousseaux éditeurs

Les corps habituellement utilisés dans les textes des journaux sont 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12.

Pour le texte courant, les corps les plus couramment utilisés vont du 9 au 11 (suivant la typo choisie) et du 12 au 18 pour les intertitres. On peut descendre jusqu’à 6 pour les crédits photos et les appels de note. Pour les titres et sous-titres, il n’y a pas vraiment d’autres limites que celles de la page, les DA étant tout a fait libres d’imaginer un titre qui couvre le format entier. Je ne dis pas que ce sera lisible…

3.1.2. Les approches

Notion dont on entend forcément parler si on fait un peu de maquette ou du SR. Ce sont des intervalles verticaux situés à gauche et à droite de chaque caractères. Ils sont prévus par leur créateur de façon à ce que chaque bas de casse, chaque capitale, chaque chiffre, chaque signe de ponctuation se positionnent de façon harmonieuse à côté de chacun des autres « types » de la police.

Illustrations tirées du Manuel de typographie française élémentaire, d’Yves PERROUSSEAUX. Ateliers Perrousseaux éditeurs

Suivant le nombre de « types », il peut y avoir plusieurs milliers d’approches de paires à prérégler dans une même police. Ce qui est loin d’être évident. Quand les approches sont bien réalisées, cela donne un beau gris typographique.

Malheureusement, de nombreux créateurs de typos numériques ne prennent pas la peine de faire tous les réglages et il est parfois nécessaire de les reprendre manuellement.

Sur les logiciels de mise en page, on peut parfois tricher sur les approches, Mais on ne peut le faire qu’à la marge, sinon, le texte devient laid puis carrément illisible. Sur InDesign, la marge est de -5/+5 si on veut garder une bonne lisibilité.

3.1.3. Les graisses

On appelle graisse d’un caractère l’épaisseur, la force de son trait. Le gras est peu employé à l’intérieur d’un texte, uniquement pour mettre en valeur un mot, une expression. Il ne faut surtout pas en abuser. Parfois aussi, lorsqu’un texte est en réserve, c’est-à-dire blanc sur fond foncé, on le met en gras pour une meilleure lisibilité. Enfin, on l’utilise souvent pour la titraille.

A chaque valeur de graisse, correspond une dénomination qui varie d’une police à l’autre en fonction du vocabulaire en usage dans le pays d’origine de la typo. On trouve généralement les graisses suivantes, toujours rangées par ordre croissant : maigre (light), Regular, demi-gras (bold ou medium), gras (extra bold), très gras (heavy), noir (black), très noir (extra black).

Certaines typos fantaisies, les gothiques et la plupart des scriptes ne possèdent qu’une seule graisse.

Illustration tirée du Manuel de typographie française élémentaire, d’Yves PERROUSSEAUX. Ateliers Perrousseaux éditeurs

3.1.4. Les chasses

On appelle la chasse d’un caractère la largeur de son dessin (y compris les approches). Elle diffère d’un caractère l’autre en fonction de son dessin et a été conçue par son créateur pour fonctionner sans modification d’échelle ni verticale ni horizontale. Il existe aussi une très grande variété, notamment dans les caractères utilisées dans les titres.

En modifiant la valeur des blancs intérieurs des lettre, on obtient, par ordre croissant : très étroit (extra condensed), étroit (condensed), demi-large, large (expansed), extra large (extra expansed).

Evidemment, un texte en gras prendra plus de place qu’un texte maigre (donc devra être plus court). Et le calibrage changera également si on joue sur la chasse.

Illustration tirée du Manuel de typographie française élémentaire, d’Yves PERROUSSEAUX. Ateliers Perrousseaux éditeurs