Un SR, c’est quoi ?

par | 19 Avr 2026 | Secrétariat de rédaction

Illustration Laure Colmant avec Canva

Mon expérience a été essentiellement en presse magazine. Ce qui se ressent dans mes explications du rôle du SR. Mais les grandes lignes et la finalité – la qualité des textes proposés aux lecteurs – est (ou devrait être) la même, quel que soit le type de presse.

Lorsque je travaillais comme SR à VSD, lors des présentations, j’étais toujours gênée quand il fallait répondre à la question : « Quel est votre métier ? ». En général, je me contentais de répondre que j’étais journaliste. Ce qui est vrai. On me posait alors la question des articles que j’écrivais, de ma rubrique. J’étais alors obligée de préciser que j’étais SR, ce qui ne disait rien à personne ou secrétaire de rédaction, ce qui n’était pas mieux, voire pire parce qu’alors on me cataloguait parmi les secrétaires ou les assistantes. J’en veux pour preuve le nombre de coups de téléphone que je recevais pour me demander toute sorte de renseignements que j’étais bien en peine de fournir. Notamment de la part des attachées de presse.

Force est de reconnaître que parmi les gens de presse, les vrais, l’appellation est à peine moins ambiguë. Quand je travaillais à Golf Magazine, lors des réunions de debriefings sur les numéros, le patron ­demandait toujours à une SR de prendre des notes et de faire le compte rendu. Ce qui agaçait la rédactrice en chef technique qui lui répétait, depuis des lustres, que nous n’étions pas des assistantes. Comme il ne voulait rien entendre, elle a fini par embaucher des hommes à ce poste, ce qui a quelque peu changé la donne. Allez comprendre pourquoi.

Je peux vous assurer que, pour ma part, j’arrivais toujours sans feuille ni stylo et je ne savais pas faire le café.

Le problème ne s’arrête pas là. Les responsabilités ou les tâches attribuées aux SR changent d’une rédaction à l’autre. Si certaines sont restées avec des SR traditionnels, ayant une responsabilité autant sur le fond (vérification de l’info notamment) et sur la forme (réécriture, éditing), d’autres ont fait évoluer le métier vers un rôle moins journalistique, le cantonnant à une fonction de « monteur » de page et de correcteur (ce qui en passant leur a permis d’économiser sur les postes de ces derniers).

Même à l’intérieur d’un même groupe, les SR peuvent être très différents. Ainsi, les SR de VSD jouaient un rôle assez traditionnel et étaient assistés de correcteurs. Par contre, à Femme actuelle ou Voici, à Capital, rien à voir. Les SR étaient des monteurs et des correcteurs. Ils n’intervenaient quasiment jamais sur les textes. Et c’est encore pire depuis le rachat du groupe par Bolloré si j’en crois les témoignages.

L’irruption de la PAO

La publication assistée par ordinateur (ou PAO) est largement responsable de cette évolution. Autant, avant, la plupart des SR étaient d’anciens reporters ou rédacteurs qui apportaient toutes leurs compétences dans la vérification des articles et de l’info. Autant, ensuite, on a confié cette tâche à de jeunes journalistes, formés à la PAO, qui ont pris en charge la mise en page des textes. La technicisation de ces postes éloigne les SR de l’info. On renforce cela en leur confiant la correction (puisqu’ils travaillent également sur le français), ce qui permet de supprimer les postes des correcteurs.

Le travail sur le fond ne pouvait cependant pas disparaître. Il a donc été confié à d’autres personnes. Soit des éditeurs, au départ chargés de faire l’éditing, soit les chefs de services ou de rubrique. Avec des résultats mitigés. Car ces personnes ont d’autres fonctions.

Ce glissement des tâches des métiers à cause des nouvelles technologies n’est pas unique. Quand la presse a commencé à exister sur Internet, cela s’est fait sans secrétaire de rédaction. Sans journalistes non plus d’ailleurs dans certains cas.

Les secrétaires de rédaction sont souvent considérés comme des gens inutiles. Sauf que leur absence se voit. Un certain nombre de rédactions internet se sont rendues compte que le déficit de qualité provoqué par inexistence des étapes de vérification de l’info, de réécriture par un véritable journaliste qui sait travailler sur l’info entraînait une perte de crédibilité auprès du lectorat. Sans doute, une partie de la perte de confiance des Français envers la presse et le journalisme est dû à la disparition dans nombre de titres de ces postes dont ils ne connaissent même pas l’existence, les journalistes secrétaires de rédaction et les correcteurs.

Dans la mesure où la pub n’est plus le financeur principal de ce secteur, le lecteur reprend une place qu’il n’aurait jamais dû perdre. Or le lecteur est volatile et exigeant. Et de plus en plus souvent capable de comparer l’information donnée. Voire de se faire sa propre opinion à partir « d’infos » assénées sur les réseaux sociaux. Il est donc primordial de retrouver une certaine qualité. Cela passe par le travail des journalistes et, notamment, de ceux qu’on appelle « éditeurs » qui ne sont rien d’autre que les SR traditionnels d’il y a vingt ans.
On évite donc de réutiliser le nom de secrétaire de rédaction puisque celui-ci est désormais cantonné à la chasse à la coquille et à la mise en place des textes. Et ce n’est pas un mal.

Ce cours de SR a deux raisons.

– la première, c’est de lutter contre trop d’ego. Le travail de SR est un travail d’humilité et de rigueur. D’humilité parce que l’on travaille sur les textes des autres et que l’ont doit respecter l’auteur, parce que notre nom n’apparaît jamais en bas des papiers y compris ceux que l’on a entièrement refaits. De rigueur parce que nous travaillons essentiellement pour le lecteur, que nous devons chasser toute incohérence, toute chose non parfaitement claire, non parfaitement vérifiée. Et croyez-moi, il y a du boulot.

Cela demande un esprit acéré, une remise en question perpétuelle de notre façon de lire, une attention de chaque instant. Ceux qui croient que le SR consiste seulement à chasser les coquilles et les fautes de français se trompent lourdement.

Bref, les qualités que l’on acquiert en travaillant au SR, on les garde en tant que rédacteur ou reporter. Faire beaucoup de SR aide à obtenir une meilleure qualité journalistique dans les textes. On devient plus exigeant.

– la seconde, c’est que c’est une façon importante encore et toujours d’investir ce métier. Je connais nombre de rédacteurs en chef, de chefs de services qui ont commencé dans ce métier par le SR. Je connais aussi des reporters qui font du SR pour mettre de l’argent de côté et qui partent ensuite plusieurs mois en reportage.

Travailler comme SR ou éditeur dans des organes de presse permet de rencontrer des journalistes, des responsables, bref, d’étoffer son carnet d’adresses, etc. Et les compétences qu’on acquiert peuvent impressionner favorablement les rédactions dans lesquelles on passe. On confie plus volontiers des piges à un jeune journaliste rigoureux qu’à un je m’en foutiste, aussi bon enquêteur soit-il.

J’insiste cependant : le rôle du SR est différent d’une rédaction à l’autre. Ce que j’explique ici, ce sont les principes généraux de base. Mais c’est le plus formateur.

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