Les responsabilités de l’édition

Illustration Laure Colmant avec Canva
Le traitement de l’info, quelle que soit sa forme (écrite ou télévisée) comporte quatre étapes essentielles :
– la collecte et la transmission
– la préparation
– la présentation
– la diffusion et la vente.
Le SR a en charge les deuxième et troisième étapes.
Si vous prenez un journal, de quoi est-il constitué ?
C’est une suite d’articles. Mais celle-ci ne se suffit pas à elle-même. Pourquoi ? A votre avis ? Que faut-il pour que cette collection de papiers soit un vrai journal ?
– Il faut que les infos contenues soient vérifiées (y compris le moindre numéro de téléphone) et hiérarchisées. Cette hiérarchisation se fait à l’intérieur d’un papier, mais aussi dans tout le journal.
– Il faut que les textes soient bien écrits et sans fautes. Pour la majorité des gens, un journaliste doit savoir écrire bien et sans fautes. Trop de fautes et ils n’ont plus confiance. Cela dévalorise complètement le contenu du papier. La forme influence le fond. Prendriez-vous au sérieux un article truffé de fautes de français ?
– Il faut que les papiers soient présentés de façon lisible.
– Ils doivent être bien titrés et bien édités.
– Ils doivent être bien illustrés (photos, dessins, cartes).
– l’ensemble doit former un tout harmonieux, agréable à regarder et inciter à la lecture.
Ce sont les SR qui, sous la responsabilité du rédacteur en chef, transforment une série d’articles en véritable journal. Il s’agit donc bien là d’une création qui va bien au-delà d’une simple exécution ou d’une technicité.
Le SR veille au contenu des articles, au respect du concept éditorial, à leur adéquation à la commande. Ce qui paraît a priori évident, mais qui va mieux en le disant. Le fait que le nombre de papiers traités à l’extérieur de la rédaction soit maintenant très importants dans de nombreuses rédactions peut entraîner quelques accidents quand en plus il y a des manques au niveau des SR.
Par exemple, dans une des rédactions dans lesquelles j’ai travaillé, le direction a commandé à un pigiste une enquête sur les machines foraines. Cet année-là, il y avait eu de nombreux accidents sur des manèges. Et il s’agissait de comprendre comment étaient gérées les machines, comment elles étaient conçues, entretenues, etc. Quand l’article est arrivé au secrétariat de rédaction, nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait aucune mention de l’actualité, à savoir les accidents. Or il faut toujours lié un article à son actualité.
Nous avons signalé le problème et nous avons ajouté un encadré qui listait tous les accidents de l’été.
Le SR s’assure de la qualité de l’information, il relève les contradictions ou doublons qui arrivent plus souvent qu’on ne le croit. Deux services différents peuvent décider de parler d’un même sujet parce qu’il est dans l’actu. Le seul à pouvoir s’en rendre compte, c’est le SR, soit en faisant le chemin de fer, soit en lisant les papiers pour les corriger.
Il arrive aussi des fois où l’actualité téléscope le chemin de fer.
Au moment des attentats du 11 septembre, nous venions de boucler le magazine. Il ne restait que le cahier de la couverture. Le reste était déjà parti à l’impression. La direction a donc décidé d’ajouter un cahier de 32 pages que nous avons réalisé dans la journée et la nuit.
Mais en travaillant sur les pages qui parlaient des personnes qui s’étaient jetées du haut d’une des tours, je me suis rappelée que, dans la partie froide du magazine bouclée quelques jours plus tôt, nous avions réalisé des pages sur le base jumping, ce sport qui consiste à faire du parachute en sautant du haut de building.
Un télescopage malheureux mais que nous ne pouvions pas éviter, le journal ayant été déjà imprimé. J’en ai cependant averti la direction et le rédacteur en chef s’en est excusé auprès des lecteurs dans son édito. Ce qui n’a pas empêché nos confrères de nous casser du sucre sur le dos (alors qu’ils étaient, eux, parfaitement au courant de la réalité de notre travail).
Si un papier ne convient pas, le SR le renvoie en rédaction, soit pour réécriture, soit pour décaler la publication. Il avertit la rédaction en chef. Parce que peuvent se poser des problèmes de délais et/ou de commande d’un autre papier. Et parce que le rédacteur en chef (ou chef d’agence) doit savoir tout ce qui se passe dans sa rédaction. C’est son rôle, sa responsabilité, y compris juridique.
La gestion du planning
Dans les quotidiens, ce n’est pas la responsabilité directement des SR. Mais dans les magazine, c’est le cas. Soit d’un SR quand la rédaction est petite, soit du chef des SR. Donc petit topo rapide pour approcher d’autres notions.
Quand on parle de planning, on devrait en fait parler de retro planning. Car tout part de la dernière étape, impérative, la mise en kiosque. A partir de cette date, on déduit les temps de routage et d’expédition, de brochage et de tirage pour fixer avec le fabricant (ou l’imprimeur s’il n’y a pas de fabricant), la date des BAT (bon à tirer).
En magazine, le SR établit alors un rétroplanning rédactionnel en fonction des différents cahiers.
Les étapes sont en gros :
- fin des BAT,
- fin des maquettes,
- arrivée des copies au SR,
- remise de copie à la rédaction
- commande des papiers.
En quotidien, c’est à la fois pareil et différent à cause du temps très court. On sait à quelle heure on boucle et toute l’organisation en découle.
En général, en réunion de rédaction, on détermine les papiers qui seront publiés, on leur attribue une place dans le journal et une longueur approximative. Et en fonction de ces deux éléments, une place dans le planning.
Dans les magazines, chaque étape se voit attribuer une fourchette de jours qui tient elle aussi compte des cahiers où se trouvent les articles. Tout le monde doit se soumettre au planning. En effet, les magazines (et de plus en plus de quotidiens) ont de moins en moins leurs rotatives sur place. Ils sont imprimés loin des rédactions, parfois même à l’étranger, par des imprimeurs qui, heureusement pour eux, n’ont pas qu’un seul client.
Si le retard pris par une rédaction est tel que le rendez-vous avec l’imprimeur est loupé, ce dernier n’a pas forcément de créneau libre avant un moment. Il faudra donc attendre parfois plusieurs jours pour passer à l’impression. Ce qui décale d’autant la parution. Ce qui peut-être mortel, au premier sens du terme, pour un titre.
Et même quand on arrive juste à temps, le retard à l’arrivée en kiosque pose un problème. C’est dû aux habitudes d’achat. Si vous avez l’habitude d’acheter votre quotidien en allant travailler, s’il n’est pas chez le marchand de journaux, vous ne reviendrez pas le chercher un peu plus tard. Idem pour les magazines. Si votre hebdo n’est pas là le jour-dit, vous ne revenez pas, ce qui est un manque à gagner.
Autant vous dire que tout le monde lutte contre le retard. Et que ceux qui ne sont pas à l’heure sont mal vus. Quand un journal a du retard, on y met les moyens qu’il faut. Mais on boucle à l’heure dite. Et cela peut quelque fois nous emmener très loin.
J’ai travaillé pour un mensuel qui changeait de maquette pour se renouveler. Pour le premier numéro de cette version, une campagne de publicité était prévue. Il y avait beaucoup d’argent en jeu.
Il y a eu des incidents techniques chez un des fournisseurs (l’atelier de photocomposition qui, à l’époque, mettait les textes dans la bonne typographie). Ses machines étaient en panne et il ne pouvait pas nous fournir les pages. Ils ont sous-traités à un autre atelier de photocomposition.
Celui-ci n’avaient pas les bonnes polices de caractère. Les pages n’étaient pas acceptables ni publiables. Nous avons donc cherché une autre atelier possédant nos polices de caractère. Ce qui était le cas de celui qui avait travaillé sur notre projet de nouvelle maquette. Qui a repris ce boulot. Malheureusement, celui-ci était trop petit pour pouvoir sortir, dans les délais, toutes les pages du magazine. Le temps passait et nous approchions de la date du bouclage et nous courrions à la catastrophe.
C’est la maison mère du petit atelier de photocomposition qui nous a dépanné. Mais il était à Bruxelles. C’est ainsi que je me suis retrouvée là bas avec la rédactrice en chef technique. Nous avions 24 heures pour ramener les pages pour les envoyer à l’imprimerie.
Mais quand nous avons fini le travail et que nous avons voulu rentrer à Paris, c’était la grève générale en Belgique. Plus de train, pas plus d’avion. Notre direction nous a financé le taxi. Nous sommes arrivées à la rédaction un peu avant 8 heures du matin. Le coursier de l’imprimerie nous attendait. Pour ce bouclage, j’ai travaillé trois jours d’affilée sans quasi dormir. Et j’ai fait deux mois en un.
Quelque soit le coût, il faut tenir les délais.
Cette histoire est tout à fait exceptionnelle. De plus, aujourd’hui, avec la PAO et le numérique, elle ne serait plus possible. Mais tout peut arriver dans une rédaction.
Le SR est donc le maître du temps. Il mène une chasse sans pitié à tous les retardataires, d’autant que c’est lui qui doit rattraper tous ces retards. Cette gestion du temps, vitale je le répète pour le journal, explique la prééminence du SR sur les autres journalistes pour tout ce qui touche à la réalisation matérielle, notamment pour les questions d’emplacement et de remplacement des papiers.
Si, pour des questions d’actualité, la rédaction en chef veut changer un papier ou inverser l’ordre, il ne peut le faire sans l’avis du SR et/ou de la fabrication. Quand le SR dit non, c’est non. En cas d’actu très chaude au dernier moment, on ajoute des pages car on ne peut plus modifier celles déjà imprimées (comme pour le 11 septembre).
Cela explique que, dans une rédaction, on est très à cheval sur l’heure de la remise de copie (c’est exactement la même chose en radio et en télévision).
Élaboration d’un chemin de fer
Un quotidien en entier passe sur les rotatives en même temps. Ce n’est pas le cas des périodiques. Toutes les pages d’un magazine ne sont pas toujours imprimées le même jour et, du coup, pas travaillées en même temps. Et à ce stade, l’élaboration du chemin de fer est primordial.
Les quotidien le plus souvent sont formés d’un seul cahier. Les périodiques de plusieurs.
C’est quoi un cahier ?
Dans un journal imprimé, un cahier est un ensemble de pages imprimées sur une même grande feuille, puis pliées et assemblées. Comme la feuille est pliée successivement, on obtient des blocs de pages qui suivent une logique technique très précise. C’est pour cela qu’un cahier comporte presque toujours un nombre de pages multiple de quatre : 4, 8, 12, 16, 20, etc.
Pourquoi quatre ?
Prenez une feuille imprimée recto verso et pliez-là. Vous obtiendrez forcément 4 pages, puis 8, puis 16, et ainsi de suite. On ne peut donc pas fabriquer n’importe quel nombre de pages avec un cahier sans ajouter des pages blanches ou modifier la pagination.
Si on ajoute des pages à un journal, on ne peut pas en ajouter juste 2 ou 3. Ce sera forcément 4, 8, etc. Un numéro de 36 pages peut être fait avec 4 cahiers de 8 pages plus un cahier de 4 pages, ou avec une autre combinaison selon le format.
La plupart des quotidiens sont réalisés avec un seul cahier. Les magazines en comptent plusieurs. Ce qui permet de décaler la réalisation des différentes parties. Les articles dits froids peuvent être réalisés très vite. On garde les papiers chauds pour l’actu du même nom.
Pour en revenir au planning, pour son élaboration, on tient compte de plusieurs éléments.
– Cahier chaud
– Cahier froid
– Cahier que l’on ajoute
– Place de la pub
Il s’élabore avec le rédacteur en chef. Un chemin de fer change tous les jours et même plusieurs fois par jour jusqu’à ce que ce ne soit plus possible pour des questions de délais. Il est important de faire un mur de maquetting, pour voir les erreurs de construction, de suivi visuellement.
Un très vieux chemin de fer de VSD. On y voit les différents cahiers. le 4 pages de la une, le 48 pages du cahier chaud à l’extérieur. Et le cahier froid au centre.
Le chemin de fer de Magazin, le magazine de l’EPJT. Deux cahiers seulement, celui de la couverture et ses 4 pages (1, 2, 47 et 48). et le cahier central, toutes les autres pages.
Le maquetting de Magazin


