Difficile de nommer cette dernière partie concernant le titre car elle est un peu fourre tout. Derniers conseils ? Ébauche de mode d’emploi ? Pas convaincue mais il faut bien donner un titre. Peut-être devrais-je mettre mes conseils en pratique…
Qu’il s’agisse du titre informatif ou plus encore du titre incitatif, la palette est étendue et, avec un peu de méthode, on peut devenir un bon titreur.Surtout, il ne faut pas avoir peur de se lancer dans l’exercice. Plus on en fait, meilleur on est. Il ne faut pas craindre de se tromper. Quand nous faisions nos brain storming (autrement appelé jus de crâne) pour trouver les titres des articles en fin de journal, je sortais tout ce qui me passait par la tête. Et de ces nullités sortait le début d’une bonne idée qui nous permettait d’aboutir.
Il ne faut pas hésiter à laisser le tout reposer un peu. Un titre trouvé génial en fin de bouclage peu s’avérer une catastrophe le lendemain. Quelques remarques complémentaires
Les titres mixtes.
L’énoncé des titres cités dans les deux posts précédents montre que la frontière est souvent floue entre informatif et incitatif. On peut donner envie au lecteur tout en lui donnant une information essentielle. Il n’est pas obligatoire d’être rébarbatif pour être exact. De très nombreux bons titres sont mixtes, surtout dans la presse magazine.
Jouer avec la titraille.
Si la mise en page ou la mise en ligne le permettent. Ajouter un sur-titre et/ou un sous-titre sont le moyen de
• de préciser l’information
• d’alléger le titre lui-même
Avec un titre incitatif en particulier, l’utilisation des autres éléments de la titraille permet des formulations plus audacieuses.
• Ainsi, ce titre très court de l’Express
Chasseurs de textes
ne se comprend qu’avec son sous-titre/chapeau
Pour créer des images, il faut des histoires. Ciné et télé traquent l’oiseau rare : l’écrivain sachant écrire.
• Ou encore Télérama et ce titre
Toujours pas libérées
ne se comprend qu’avec son sur-titre
Les femmes dans la série Mad Men
Le titre a d’ailleurs été changé sur Internet, sans doute qu’il était trop elliptique. Il est devenu
Quarante ans qu’elles sont «desperate»
Il faut parfois le renfort de toute la titraille pour donner son sens à un titre, ce qui se justifie essentiellement dans des rubriques telles que Culture, Voyage, etc.
L’usage des deux points.
Nous avons vu qu’ils permettent de raccourcir un titre tout en évitant le surtitre. Ils s’utilisent aussi bien pour les titres informatifs que pour les incitatifs. C’est cependant un procédé de facilité qui peut devenir lassant. Et certains chartes graphiques en interdisent même le principe. Il est de toute façon prohibé en bout de ligne.
Titrer une interview.
C’est un genre journalistique à part. Les règles (faire court, message essentiel, etc.) restent valables, mais ce qu’on utilise le plus souvent, c’est une citation significative. Comme cet interview du Monde.
« La tendance générale des attentats mortels d’extrême droite est à la baisse. »
Ou encore cette interview de Christelle Taraud par L’Obs
Mais la citation ne doit pas être non plus systématique. Si le fait que l’interviewé accepte de parler est exceptionnel, il faut le mettre en avant. Et il est parfois plus intéressant de résumer le sens et la portée générale d’une interview que d’en extraire une citation. Et parfois, il n’y a pas grand chose qui ressort…
Il faut toujours un titre.
L’énoncé du genre journalistique (éditorial, interview, portrait, etc.) n’en est pas un. Le lecteur a besoin du titre pour savoir ce qui l’attend. Donc pas de « mot du président » ou « Entretien avec M. Untel » sans préciser de quoi parle l’article. Le sujet et l’angle.
Quand rédiger le titre.
Il arrive qu’on ai trouvé le bon titre avant même d’avoir écrit le papier. Le déclic s’est produit, le titre s’est imposé, s’est ancré, a même inspiré la rédaction (la chute par exemple). Mais dans la plupart des cas, c’est après la rédaction de l’article et sa relecture que s’effectue la recherche du titre. Seul et le plus souvent avec d’autres. En tout cas, c’est mieux. Et puis dans certains journaux, ce n’est pas du tout le rédacteur qui se penche sur la recherche du titre, il y a des personnes, des titreurs, qui se chargent de ça. Le plus souvent c’est un travail commun entre le SR et le rédacteur et/ou le rédacteur en chef.
Les titres web.
On dit souvent qu’il faut ABSOLUMENT qu’y figurent les mots clés pour le référencement. C’était vrai au début. C’est beaucoup moins important maintenant car les moteurs de recherche sont suffisamment puissants pour analyser aussi tout l’éditing et même l’article. Ce qui est vrai c’est que les titres incitatifs marchent moins bien que les informatifs. Les moteurs de recherche ont du mal à comprendre les jeux de mots et les allusions. Nous verrons cela dans un cours ultérieur.
Aussi, si vous avez un bon titre, ne le jetez pas aux orties au prétexte que les mots clés n’y figurent pas. Vous vous rattraperez dans le chapeau. Si vous n’avez qu’un titre moyen, préférez le titre informatif avec mots clés.
La méthode des Cadavres exquis
Le titre est à la fois une recherche individuelle et un travail d’équipe. On peut tomber tout seul très vite sur le bon, par association d’idées, comme on peut y parvenir à la suite d’une séance collective de brainstorming. C’est un moment agréable de la vie d’une équipe : on part dans tous les sens, on délire, on imagine tous les titres auxquels les lecteurs vont échapper, y compris les mauvais jeux de mots et les plaisanteries douteuses. Un titre osé, voire grivois peut mettre sur la piste. il fait rire, il détend l’atmosphère et permet de repartir à l’attaque avec une de nouvelles idées.
Dans une recherche de ce genre, il ne doit pas y avoir de tabou, toutes les idées sont bonnes ou peuvent mener à LA bonne idée. C’est souvent quand on s’amuse le plus qu’on finit ensuite par trouver le bon titre.
L’angle doit-être totalement ouvert au départ, c’est parfois à partir d’une formulation apparemment très éloignée du sujet qu’on trouveras ultérieurement le titre qui va faire mouche.
L’entraînement à la recherche des titres incitatifs passe par une méthode dérivée du jeu littéraire des cadavres exquis : trouver la bonne formulation par association d’idées, corrélation et collision des mots.
Concrètement, on part des mots clés du message essentiel : pour chacun d’entre eux, on compose une liste de mots qui ont un rapport : on essaie de trouver un titre évocateur et percutant par assemblage en faisant s’entrechoquer les mots.
Voici un exemple donné par le journaliste Yves Agnes dans son Manuel du journalisme. Il est tiré d’une édition dominicale de Sud-Ouest. Le chapeau donne l’information.
Une vingtaine d’appareils venant de douze pays différents vont participer, du 20 au 23 mai, au troisième rassemblement international d’hydravions de Biscarosse.
Premier réflexe, se poser la question : quels sont les mots clés ?
On pourrait aussi déterminer quatre mots clé. Mais mieux vaut éviter d’en avoir trop. On peut partir aussi de trois idées essentielles de l’article. On en revient toujours à la même question : de quoi me parle ce papier. Ici, on suggère : Hydravion, rassemblement, Biscarosse (commune des Landes qui compte une base aérienne, un centre d’essai de missiles et un musée historique de l’hydravion).
Il faut faire trois colonnes à partir de ces mots clés et remplir le tableau ainsi créé par associations d’idées.
Hydravion
avion
ciel
eau
air
vol
ailes
flotteurs
lac
Rassemblement
concentration
regroupement
groupe
union
escadrille
flotte
troupe
garde-à-vous
Biscarosse
étang
océan
eau
flotte
Landes
base
musée
missiles
Un mot s’est imposé « flotte » parce qu’il apparaît d’une manière ou d’une autre dans les trois colonnes. Associé à air, cela donne « La flotte prend l’air ».
C’est une méthode toute simple mais qui a permis aux étudiants de trouver des titres tout à fait valable. C’est évidemment plus amusant de la pratiquer à plusieurs.
