L’art du titre

par | 28 04 26 | Editing

Le groupe titre : sur-titre – titre – sous-titre. Emprunté au Télé-Obs. Ce qui est dommage, c’est que le sur-titre soit plus grand que le titre. C’est sans doute dû à la volonté de mettre en avant la personne dont il est question. Mais c’est dommage de ne pas avoir mis en avant un aussi bon titre.

Cette partie doit beaucoup à Yves Agnes et son Manuel de journalisme (collection Grans Repères, La Découverte) qui a été mon livre de chevet longtemps.

Quand un lecteur achète un journal ou un magazine, il regarde les titres qui sont sur la une (et la photo pour les magazines). Dans le cas d’un quotidien, il va ensuite repérer, sur la une, les titres qui vont l’intéresser et commencer par en lire les articles. Dans le cas d’un magazine, il va le feuilleter et repérer les titres, les sujets qui l’intéressent. On ne lie pas les journaux comme les livres en allant de la page 1 à la dernière. On sélectionne.

Le titre est l’élément majeur qui va permettre cette sélection. Ce n’est pas le seul, mais c’est le principal. C’est le premier niveau de lecture. C’est lui qui décide, le plus souvent, du sort de l’article. Bon, il va séduire le lecteur qui voudra aller plus loin. Mauvais, le lecteur s’en détournera. Un article excellent ne peut rien avec un titre médiocre. Il faut vraiment que le sujet passionne le lecteur pour qu’il lise tout de même l’article. 

C’est dire l’importance de trouver des titres sinon bons du moins qui emportent l’adhésion.

La recherche de titre est avant tout une aventure collective. D’abord parce que de l’auteur au secrétaire de rédaction en passant par les rédacteurs en chefs, les chefs de rubrique, tout le monde apporte son grain de sel. Ensuite parce qu’on est plus efficace à plusieurs. Je me souviens de longues soirées passées à trouver des titres, à corriger l’éditing avec les rédactrices en chef, le directeur artistique, des SR dans un des mensuels pour lesquels j’ai travaillé. Dans un quotidien, évidemment, on n’a pas le temps, il faut être rapide et efficace.

Dans tous les cas de figures, on  demandera toujours aux auteurs des articles d’en proposer un, même s’il n’est pas gardé au final. On dira que c’est un titre de travail qui servira de base en donnant l’idée qu’il veut exprimer.

1. La titraille, le groupe titre.

Dans de nombreuses publications, le titre ne fonctionne pas tout seul. Il peut être accompagné d’éléments qui vont permettre de le garder assez cours et assez percutant tout en donnant des infos supplémentaires. Au dessus, on trouvera le sur-titre. En dessous, moins courant, on trouvera le sous-titre.

Le surtitre est placé au dessus du titre, en caractère plus petit (sauf erreur). Il a le plus souvent pour fonction de situer l’action. En précisant par exemple le moment (quand) ou le lieu (où).

Ou en donnant le domaine d’information (la pollution atmosphérique, le gouvernement, etc.)

Le titre est toujours en caractère le plus gros que les autres éléments. Comme c’est lui qui est vu en premier, l’information y est concentrée. Les mots clés du sujets traité doivent y figurer (et pas ailleurs) comme ici pour L’Obs ou L’Express.

Le sous-titre est un complément au titre, notamment un titre incitatif comme ici sur Les Inrocks. Il peut parfois être confondus avec un chapeau. Il n’est plus beaucoup utilisé.

2 Les fonctions du titre

Accrocher le regard. L’essentiel en un coup d’œil. Lors du feuilletage, avec la titraille, le lecteur doit se faire une idée de ce qui compose le menu. De même en regardant la une d’un quotidien. Dans un magazine, il peut se référer au sommaire qui compile les titres et les numéros de pages.

Favoriser le choix du lecteur pour les articles sur lesquels il compte revenir.  

Donner envie de lire

Ces trois notions tournent autour de la même idée. C’est important car publier un journal exige un énorme travail : enquête, écriture, mise en page ou en ligne, relectures, impression, etc. Si l’article n’est pas lu, c’est beaucoup de travail pour rien du tout.

Mais le titre a aussi deux autres fonctions.

Structurer la page. Une page ou un post sur le Net, ce n’est pas seulement des signes mis bout à bout. La maquette de la titraille éclaire le texte ou l’écrase. Une jolie page, bien montée, donnera plus envie de lire qu’un pavé tout gris et informe. Et dans cette mise en page, le titre est l’élément visuel qui structure.

Hiérarchiser les informations. Principe de base de toute publication. Les articles ne sont pas donnés en vrac. Les journalistes hiérarchisent les informations. Et sur la une, par exemple, c’est la taille des caractères choisis pour le groupe titre qui indiquera cette hiérarchisation.

3. Les qualités d’un bon titre.

Un titre doit être clair, immédiatement compréhensible. Utiliser un vocabulaire concret, simple, il faut éviter les mots difficiles et les sigles non usuels.

Court, nerveux, direct. Il faut chasser les compléments, les redondances, aller à l’essentiel, utiliser les mots forts, des mots-repères qui vont permettre de raccourcir le plus possible. Les adjectifs et les adverbes sont à proscrire. Il faut préférer la forme active à la forme passive, l’affirmation à la négation. Le verbe lui-même peut être évacué. « Guerre des clans chez les LR » est plus efficace que « les clans qui se font la guerre chez les LR »

Eviter aussi une faute classique des débutants : l’abus de point d’exclamation pour faire plus nerveux. Il ne remplace pas le choix des mots forts. Et je l’ai déjà dit, la ponctuation n’est pas une collection d’emojis.

Il doit être proche du lecteur. Il faut que le lecteur, ou la lectrice, se sente concerné. C’est le cas pour le titre de cet article de  Marie-Claire.

Les titres à forme interrogative sont à éviter, n’être employés qu’exceptionnellement, lorsque le questionnement est justifié par l’article lui-même. Ça peut marcher pour l’article sur le Mac ci-dessous, ça marche moins pour celui sur le retour à l’enfance. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait penser, un titre interrogatif est dissuasif pour le lecteur car celui-ci s’attend à ce que le journal réponde aux questions, pas qu’il lui en pose. En l’occurrence, ici, on ne comprend pas de quoi il retourne et il serait plus clair de retirer le point d’interrogation.

Autre exemple, dans le titre ci-dessous « Faut-il en finir avec l’euro ? ». Moi, ce qui m’intéresse, ce qui constitue une info, c’est la réponse du journaliste. C’est cela qui va me donner envie de lire l’article. Pour m’aider moi à me faire une idée. Si le papier n’a pas de réponse, pourquoi je vais le lire ? Pour le titre, il vaut mieux partir de la conclusion de l’enquête que de l’interrogation de départ.

Ce qui n’empêche pas les rédactions, par facilité, d’en abuser. Le titre avec un point d’interrogation est souvent un titre de « feignasse » qui se contente de donner l’idée de départ de l’article. Un titre, ça ­demande un vrai travail. Je préfère un titre du genre : L’euro en question.

Précis, en plus de concis. Un titre ambigu n’incite pas. Le lecteur a besoin de savoir exactement de quoi on va lui parler. Une faute classique est de penser que si le titre est elliptique, il va intriguer, provoquer le lecteur qui voudra aller voir. Ben non. Le lecteur ne lit pas les journaux comme cela. IL ne joue pas aux devninette. Ci-dessous, « Le président Coué » ne veut rien dire. Ça manque de méthode…

Plus fréquente encore est l’erreur de mettre du contenant à la place du contenu.
Par exemple, un titre comme «L’université d’été des écolos » est un coquille vide. C’est le sujet, pas le titre. Pour titrer de manière informative, il faut aller directement aux résultats, aux conclusions de la réunion. ­Aller droit au but, c’est-à-dire au message essentiel. On en revient toujours là. Et quand un SR veut titrer un article, la première chose qu’il doit se demander c’est : de quoi me parle-t-on ?

Sur mesure et original. Normalement, un titre n’est bon que pour un et un seul article. Il est spécifique. Ainsi, le titre de VSD au moment des primaires en 2011 « Guerre des clans au PS » n’était pas terrible car cela faisait déjà des années que l’on pouvait titrer un papier sur le PS de cette façon là. Et il est possible que ça continue, tant que vit le PS… Ce qui l’a rendu possible, c’est le sur-titre qui l’a précisé et l’a rendu unique « Avant le congrès de Reims du 14 au 16 novembre ».

Adapté au genre. Il donne le ton d’un article, il doit donc être adapté au style de celui-ci, au genre journalistique. Un titre informatif convient pour les articles tels que filets, synthèses, article d’info, etc. Une citation pour une interview ; un jeu de mot pour un billet d’humour, etc.

Ainsi, le titre d’un reportage doit donner à voir 

« La ville au bord du gouffre » porte sur une ville suédoise qui s’effondre en même temps que la mine de fer sous ses fondations qui a fait sa richesse. « Et au milieu coule une île » pour la situation des villages des côtes africaines, avec en toile de fond le réchauffement climatique.

Le titre d’une enquête doit condenser une problématique ou révéler le fruit des investigations.

Le titre à droite est typiquement un titre web. Il ne s’embarrasse pas du nombre de signes. Il n’est pas très travaillé et il est redondant avec une partie du chapeau. Il mériterait d’être plus concis pour être plus percutant.  Mais au moins, on sait de quoi il retourne

4 Le titre et le message essentiel

Le titre, le chapeau et le début de l’article doivent s’inscrire dans l’angle qui ­découle du message essentiel. Un bon titre est intimement lié au message essentiel. Mais ce n’est pas tout le message essentiel, sinon, il ne pourrait pas être suffisamment court ni accrocheur. Il doit contenir la partie vitale du message.

Mais c’est quoi la partie vitale ?

Pour un titre de quotidien, un fait d’actualité, ce sera la réponse aux questions Qui ? Quoi ? Ce sera l’idée principale de l’article pour tout autre papier.

Si on respecte cette règle, le lecteur n’aura plus à subir les aberrations suivantes :
• Un titre qui donne une information qu’on ne retrouve pas dans le papier (premier terrain de chasse des SR).
• Une information secondaire, anecdotique ou qu’il faut aller chercher à la fin du papier (une tentation quand le papier est creux ou mal construit).
• Une information contradictoire avec le sens général de l’article (quand celui qui titre lit le papier trop rapidement et se trompe sur son sens). Je l’ai vu. Que ce soit pour des titres de une, mais aussi pour des titres d’article…
• Une information sous-évaluée, souvent due à un excès de prudence
• Une information sur-évaluée, trompeuse, qui survend. Souvent dû à un emballement commercial de la hiérarchie, mais aussi à une volonté d’attirer le chaland, quitte à le décevoir. Sur le Web, on appelle cela les titres « putes à clic ».

Quand il a écrit son papier, le rédacteur doit se poser la question du message essentiel : qu’ai-je voulu dire d’important à mes lecteurs ? Cela lui facilitera la fabrication du titre.