SR : un petit exercice pour commencer

par | 19,04,26 | Secrétariat de rédaction

Illustration Laure Colmant avec Canva

Pour comprendre ce que fait un ou une journaliste secrétaire de rédaction, on va partir d’un exemple. Voici un texte tel qu’on peut en trouver dans une rédaction. C’est en fait un exercice mais, croyez-moi, on reçoit des textes bien pire. J’y reviendrai.

Donc, un texte :

En France, l’accès à la scolarisation pour les sans-papiers est complexe. A Tours, des associations luttent pour faire respecter un principe de la Déclaration des Droits de l’Homme : « toute personne a le droit à l’éducation ». Un parrainage républicain a lieu à la mairie de Joué-Lès-Tours pour des enfants sans-papiers. Cette cérémonie non officielle, à l’initiative de l’association Chrétiens Migrants et du Réseau Education Sans Frontières (RESF), permet à des mineurs d’être sous la protection d’un parrain et d’une marraine si leurs parents sont reconduits à la frontière. Ces enfants arrivent principalement d’Europe de l’Est, du Maghreb ou d’Afrique Noire. Ils viennent en France, avec ou sans leurs parents, à la recherche d’une vie meilleure.

Avant de lire ce qui suit, prenez un peu de temps pour réfléchir aux éventuels problèmes que pose le texte. Il y a des problèmes de forme, bien sûr. Mais il faut d’abord s’interroger sur le sens et le fond.

Première phrase, premier problème, mais un problème ­assez courant dans la presse, l’utilisation approximative des mots. La scolarisation est l’accès à la scolarité. Donc ce qui est écrit c’est : l’accès à l’accès à la scolarité est complexe. Ce qui ne veut rien dire. Le SR doit intervenir. Il faut bien entendu écrire : la scolarisation des sans-papiers est complexe.

Cela dit, du point de vue strictement légal, non. Ce n’est pas complexe pour deux raisons. D’abord, les enfants sans-papiers ça n’existe pas : sur le territoire français, les enfants n’ont aucun besoin de papiers. Et quand ils sont expulsés, c’est parce qu’ils sont avec leurs parents, pour suivre leurs parents. Un enfant étranger n’a aucun besoin d’un titre de séjour et, s’il est sans famille, il ne pourra pas être expulsé avant sa majorité.

Ensuite, la scolarisation est de droit pour tous les enfants de moins de 16 ans résidant sur notre territoire. C’est un droit et c’est même une obligation. Donc légalement, la scolarisation ne pose pas de problème. On va à la mairie, on inscrit son enfant et il est pris à l’école. Ce sont les mairies qui refusent d’inscrire un enfant qui sont hors la loi. Les associations ne luttent pas pour faire appliquer un principe présent dans la déclaration des droits de l’homme, ce qui est très abstrait, mais pour l’application de la loi française.

Vous comprenez que le vocabulaire, quand il n’est pas assez précis, change le sens du propos et lui enlève sa force de démonstration. C’est évidemment de la responsabilité du rédacteur, mais aussi, et surtout celle du SR. C’est lui qui est garant de l’orthodoxie de ce qui est écrit.

Il est écrit que « la cérémonie du parrainage républicain n’est pas ­officielle ». C’est faux. C’est quoi le sens d’officiel ? C’est : « Qui émane du gouvernement ou d’une autorité administrative reconnue. » Le baptême républicain émane d’une mairie, une autorité administrative reconnue. C’est donc un acte officiel. Ce qu’il fallait dire, c’est que cela n’a aucune valeur juridique.

On lit : « Cette cérémonie permet à des mineurs d’être sous la protection d’un parrain et d’une marraine si leurs parents sont reconduits à la frontière. » Là encore, c’est totalement faux. Si les enfants se retrouvent seuls sur le territoire français, soit ils ont de la famille, à qui ils seront confiés, soit ils sont pris en charge par les services sociaux. Mais pas chez leur parrain et marraine. Parce que cet acte n’a aucune portée juridique.

Ensuite il est dit que ces enfants, sous-entendu ceux qui reçoivent le baptême républicain, viennent en France avec ou sans leurs parents. Mais s’ils sont sans leurs parents, à quoi leur sert un baptême républicain ? Ils bénéficient du statut de mineur non accompagnés. Le baptême républicain permet aux associations de montrer l’insertion des familles sans-papiers dans la communauté française ce qui pourrait les aider à être régularisée.

En tant que SR, il faut déceler et compléter le manque d’info ou faire compléter par l’auteur. Ce qui signifie qu’il faut faire un peu d’enquête. On passe des coups de fil, on fait des recherches sur Internet, on se renseigne, on essaie de comprendre. Et ensuite on discute avec l’auteur en disant : il manque ça et ça, du coup on ne comprend pas…

Face à un texte, il faut tout vérifier, tout questionner. C’est parfois compliqué et souvent, on manque de temps. Mais c’est primordial.

Il y a aussi des problèmes de formes sur ce texte. Il y a des problèmes des majuscule, notamment. Il faut appliquer le code typo (ensemble de règles sur la façon d’écrire, j’y reviendrai dans un chapitre à part). Il y a aussi des problèmes de la ponctuation. Ce qui est très souvent le cas.

Par exemple dans cette phrase A Tours, des associations luttent pour faire respecter un principe de la Déclaration des Droits de l’Homme : « toute personne a le droit à l’éducation ».

– Déclaration des droits de l’homme. On ne met pas de majuscule à chaque mot, uniquement au premier. Application du Code typographique. On n’en met pas non plus à Homme. Je sais que beaucoup disent qu’il faut mettre un H majuscule quand il s’agit de l’humanité. Eh bien, à ce moment là, il faut écrire humanité. L’homme n’est ni majuscule ni minuscule…

– quand les deux points (:) ouvre sur une citation, c’est une nouvelle phrase. On met donc une majuscule à Toute. Et le point final doit précéder le guillemets fermant. Ceci ne relève pas du Code typographique. C’est du français.

Ce qui donne. A Tours, des associations luttent pour faire respecter un principe de la Déclaration des droits de l’homme : « Toute personne a le droit à l’éducation. »

La suite…